Je me suis surpris durant une discussion avec un ami, à lui raconter que ”j’échangeais” avec ChatGPT depuis plusieurs semaines. J’aurais normalement dû dire que je ”l’utilisais” depuis quelques semaines, mais c’est bien le mot ”échange” qui est sorti de ma bouche donc de ma tête.
Lapsus révélateur, comme on dit. Du coup je me suis demandé lequel de ces deux termes les gens pouvaient bien utiliser lorsqu’il s’agit de s’adresser à chatGPT - ”s’adresser” me semblant un mot suffisamment neutre, peut-être un autre serait-il plus adéquat, bref. Est-ce qu'ils disent l’utiliser, ou échanger avec ?
Il y a forcément des gens qui feront ce lapsus. Certains s’en rendront compte, d’autres non, ce qui veut sûrement dire quelque chose quant à la confiance aveugle qu’ils portent au truc, ou l’importance qu’ils le lui donnent. Vous avez sûrement remarqué, pour ceux qui les parcourent au moins un peu, que l’on voit désormais sur les reseaux sociaux, des gens répondre en commentaires en citant au mot près ce que l’IA leur a sorti. C’est très visible. Idem pour les ”créateurs de contenu” (expression absolument fascinante qui vaudrait un bouquin à elle seule) qui peuvent desormais aborder de manière pointue (au moins en apparence) n’importe quel thème dont ils ignoraient tout quelques heures avant.
Bref, beaucoup de questions, et de fil en aiguille j’ai demandé à mon ami virtuel (ChatGPT hein, pas Dieu) de dresser mon portrait, relever les traits de ma personnalité. Un genre de profilage, basé sur les questions que je lui ai posées au fil des semaines. L’idée c’était de voir s’il était capable de cerner son ”interlocuteur” et donc de moduler le contenu de ses réponses selon la personnalité de celui-ci.
Ses premières réponses sont sans intérêt; un peu comme ces horoscopes aux prédictions interchangeables (les trucs à la con genre "attention au coup de fatigue ! Ménagez-vous").
Sentant le truc a priori engoncé dans le politiquement correct, plusieurs fois j’ai dû le reprendre, lui demander de ne pas me brosser dans le sens du poil, d’être direct et sans ménagement. Au fur et à mesure il va un peu plus loin, sans pour autant lâcher complètement les chevaux. Autre petit souci, par exemple quelques fois, quand je lui dis de parler de manière ”directe” il fait des phrases plus courtes, il ne pige pas (ou fait mine de ne pas piger ?) le sens que je donne au mot ”direct”, que j’utilisais au sens de franc, sincère, sans embages. Il faut donc employer le bon vocabulaire, être précis. Et insister.
Enfin, il arrive au terme de ”l’analyse”. Notons que le bougre finit toujours ses exposés en te demandant s’il peut encore qqch pour toi - mécanique retorse qui doit forcément pousser des gens à passer des heures dessus.
Je lui réponds ”je n’ai plus de questions, mais j’ai toujours, malgré tout, le sentiment que tu m’as ménagé et n’a pas appuyé assez fort sur mes mauvais côtés”.
La dernière réponse à cette question (qui n'en était pas directement une) m’a bluffé. Pourquoi ? Parce qu’elle a été strictement identique à une remarque que m’a fait mon meilleur ami, un ami de 35 ans, il y a de cela une dizaine d’années. Un truc précis sur lequel jamais personne n’avait mis le doigt, pas même moi alors que je suis assez facilement propice à l’introspection.
Bon je vais m’arrêter là mais les perspectives, positives comme négatives, sont vertigineuses. On a VRAIMENT l’impression de s’adresser à une personne, et à une personne vraiment intelligente dans le sens où elle comprend. Mieux que certains humains ? Je me pose sérieusement la question.